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SI VOUS CROYEZ PARVENIR À QUELQUE CHOSE OU NE PAS Y PARVENIR, C’EST VOUS QUI AVEZ TOUJOURS RAISON

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Depuis toujours, je rêvais de traverser les villages indiens en vélo ou d'une autre manière qui m'aurait permis d'entrer dans le plus étroit contact avec la vie des gens ordinaires de là-bas.

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En septembre dernier, Unni Karunakara, Président international de l'organisation humanitaire Médecins sans frontières qui était alors à la fin de son mandat de trois ans et s'apprêtait à partir le 12 octobre pour un tour en vélo de 5600 km en Inde (en partant du nord du pays du Cachemire pour arriver à Kanya Kumari au sud), m'a demandé de le rejoindre pour les derniers 850 km de son parcours. J'avais pourtant quelques problèmes : je ressentais toujours mes trois hernies discales, je n'ai jamais fait plus de 10 ou 15 kilomètres en vélo et encore au rythme récréatif avec mes enfants et je n'avais qu'une idée vague quant à l'utilisation de la commande de vitesse, bref, je n'ai jamais été un grand cycliste.

Ce n'était alors que la question de ce que je croyais et ce que je voulais faire dans ma vie. Ratan Tata, l'industriel indien, définit la peur comme un choix double – soit tout oublier et fuir soit faire face à tout et grandir.

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Au fond de mon cœur, j'étais persuadé d'y arriver mais tout le monde a qui j'en ai parlé, y compris mon médecin, me croyaient fou. Ensuite, j'ai augmenté les enjeux – je me suis décidé de collecter 100 000 dollars pour les Médecins sans frontières en demandant à mes amis de contribuer aux charges des soins médicaux pour les plus démunis. Puis, j’allais doubler la somme obtenue. Ainsi, je me suis retrouvé le 22 janvier 2014, le jour de mon 54e anniversaire, en Inde, au départ de ma nouvelle aventure. :-)

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Jour 1 – le 23 janvier – 76 km : Le premier jour, nous avons eu à faire à un terrain plutôt plat (Dieu merci) sur la côte de Pondichéry à Chidambaram, 34 kilomètres avant le petit-déjeuner. Et puis, je me suis arrêté pour assister à un petit miracle. Probablement le meilleur petit-déjeuner auquel j'ai goûté dans un restaurant au bord de la route : des idlis (des gâteaux salés de riz de l'Inde du Sud), servis sur les feuilles du bananier avec du sanbar (des lentilles piquantes) et du chutney à la noix de coco. Tout cela à moins de 10 couronnes. Ce jour-là nous étions cinq en vélo - Unni, Jo, Alain, Priya et moi.

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Après vint une expérience humiliante quand j'ai pris le mauvais chemin et je me suis perdu au milieu de nulle part sans portable, sans porte-feuille, sans papiers dans une chaleur torride de 35 degrés. En effet, c'était une expérience qui m'a ouvert les yeux et l'esprit, dans un nouveau monde où je n'étais qu'un autre être humain sans infrastructure et sans ses ressources derrière lui. J'avais à mendier dans la rue pour qu'on me laisse téléphoner à Prague car le seul numéro que je connaissais par cœur était celui de ma collègue Dana. J'avais énormément de chance à retrouver les autres cyclistes trois heures plus tard.

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Jour 2 – le 24 janvier – 81 km : De Chidambaram à Karaikal. J'avais un problème rare – mes triceps droits étaient complètement immobilisés et douloureux ce qui m'empêchait de tenir le guidon, je roulais alors avec une main derrière le dos. Malgré cela, j'ai pu observer et vivre l'hospitalité des gens qui eux-mêmes n'avaient pratiquement rien mais qui étaient prêts à nous inviter chez eux et partager le peu ce qu'ils avaient sans savoir ou sans se soucier d'où allait venir leur prochain repas. J'ai réalisé qu'être riche ne veut pas dire combien je possède mais combien je peux donner. Dorénavant la richesse ou la pauvreté ne sont pour moi que les états d'esprit. Tout est dans la façon de penser et non dans les biens matériaux.

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Plus tard, ce jour-là, Unni a dépassé la borne de 5000 km depuis son départ de Cachemire le 12 octobre.

Jour 3 – le 25 janvier -153 km : J'ai vu Hiromu San qui a traversé au cours des 5 dernières années 55 pays en vélo – 21 pays européens, 33 africains et maintenant, il est en Inde et compte parcourir pendant 5 ans à venir l'Asie centrale et l 'Afrique, c'est-à-dire vivre littéralement sur son vélo pendant 10 ans au total. Il était tellement passionné par ses voyages et tellement enthousiasmé pour repartir en avant. Ouah, quelle inspiration !!!

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Ce voyage m'a donné d'innombrables souvenirs, quelques-uns pris en photo et de précieuses expériences. J'ose le dire, ces 8 jours de ma vie m'ont appris le plus sur les gens, sur mon pays natal et surtout sur moi-même et sur l'absence des limites sauf celles qu'on s'est posées nous-mêmes par nos pensées. Sur mon chemin, j'ai vu des enfants qui n'avaient rien hormis leurs rêves, leurs espoirs, leur bonheur et leurs sourires grands comme le canal de Suez.

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Ce jour-là est survenu un accident malheureux, Rob, l'un de nos collègues cyclistes n'a pas vu le ralentisseur sur la route, et probablement fatigué et admirateur du paysage, il est tombé de son vélo sur la tête. Il a du être hospitalisé aux soins de réanimation et comme il est resté inconscient jusqu'à lendemain, nous avons décidé de faire la pause d'une journée ; dimanche le 26 janvier qui tombait d'ailleurs sur le 64e anniversaire de la République de l'Inde.

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Jour 4 – le 27 janvier – 110 km : De Thalivialagam à Thondi. J'ai réalisé que l'apprentissage et l'éducation passent le mieux par la découverte. Parfois, je remarquais chaque goutte de rosée sur chaque feuille, chaque fleur, chaque oiseau chantant et autre fois, je pédalais pendant une heure ou deux sans noter quoi que se soit juste en chantant des vieilles chansons hindous comme dans un état méditatif – complètement épuisé mais plein d'énergie et très, très heureux.

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Jour 5 – le 28 janvier – 116 km : J'ai reçu un grand soutient de la part de mes amis et de ma famille par mails, textos et messages sur le Facebook. Mais plus tard, quelque chose d'incroyable s'est mis en route, j'ai commencé à recevoir des messages de soutien et de l'argent de la part des inconnus – un étudiant ou une femme enceinte qui m'envoyaient 500 couronnes tandis qu'ils devaient en avoir besoin au moment donné et la liste s'allongeait … c'était tellement réconfortant de voir qu'on vit dans un monde très différent de ce que la télévision et les journaux veulent nous faire croire.

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Jour 6 – le 29 janvier – 56 km : Une étape plus courte mais le soutien et les encouragements devenaient incroyables. Chaque jour, je recevais des dizaines de messages d'encouragements, pourtant je n'avais pas besoin ni de remerciements ni d'encouragements, j'étais juste chargé d'énergie et de bonheur. Là, j'ai à nouveau réalisé que la vraie joie de vivre consiste à donner et à partager...

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Jour 7 - le 30 janvier – 126 km : C'était la journée la plus rude, la plus difficile, la plus accidentée et la plus venteuse, c'est là que j'ai réalisé la valeur juste d'un sommeil doux et profond sur une natte fine posée sur le sol quand j'étais complètement épuisé physiquement mais pas vraiment fatigué car j'étais si heureux et excité tout comme un petit enfant, debout et prêt déjà 15-20 minutes avant que le lever du soleil annonce la nouvelle journée. Ce jour-là, je me suis écroulé sur la natte après quelques bières Kingfisher et la visite du cap le plus méridional de l'Inde - Kanya Kumari.

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Jour 8 – le 31 janvier – 124 km : De Kanya Kumari à Trivandrum. Le septième jour n'était rien comparé à l'étape finale. C'était comme une traversée des Alpes mais avec des gros trous dans la chaussée et avec un lourd trafic indien. J'ai appris à apprécier la première gorgée de l'eau de noix de coco sous le soleil, l'ombre d'un arbre dans une chaleur torride quand on n'en a pas vu depuis des heures ou le plaisir de s'allonger sur le foin au milieu d'une route secondaire où on faillit de s'endormir pour se réveiller en sursautant, excité de voir ce qui ce cache derrière le prochain virage de cette dernière journée.

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Tous les matins depuis, je me réveille reconnaissant pour cette occasion et je souhaite pouvoir vivre le reste de ma vie aussi excité, innocent, aussi épuisé et aussi dans le flow que j'étais au cours de ces huit jours-là. C'était une transformation et le rappel de la différence entre gagner sa vie et faire (créer) et profiter de sa vie à chaque instant . On ne peut pas estimer combien notre vie est précieuse et heureuse quand on donne et sert et plante les arbres sans compter jamais nous reposer dans leur ombre. La vie si excitante, la vie que j'ai toujours rêvé de vivre, car cela était mon rêve devenu réalité. :-)

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Au bout de compte, j'ai fait 842 km en 8 jours. J'ai appris à bien faire du vélo, mon dos va bien à merveille et, grâce à l'aide de nombreux de mes anciens amis (qui étaient tous très généreux) ainsi que des amis nouveaux, nous avons pu recueillir pour la bonne chose la somme de 120 000 dollars. Mais le plus précieux pour moi était ce que j'ai appris et les nouvelles leçons que j'en ai tiré et tout cela s'est réalisé parce que je croyais pouvoir le réaliser malgré les découragements de mon entourage, j'en tire alors la conclusion que « si vous croyez parvenir à quelque chose ou ne pas y parvenir, c’est vous qui avez toujours raison ». Ce n'est qu'un jeu de l'esprit. :-)

 

Sanjiv Suri

Président & CEO, Zatiší group